« 4 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 201-202], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9298, page consultée le 24 janvier 2026.
4 décembre [1840], vendredi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher petit homme. Tu n’es pas venu encore ce matin et tu as oublié mes lettres cette nuit. Pour mes lettres j’en faisa bon marché car en vérité ce n’est pas la première que je te fais apercevoir que c’est une dépense inutile de papier et d’encre. Mais pour vous, mon adoré, c’est autre chose, je ne trouve pas inutile de voir votre charmante figure, de sentir votre cher petit corps auprès du mien et de respirer votre douce haleine. Aussi le jour où vous me manquez je suis comme un corps sans âme et je ne sais plus que faire de ma vie. Ne lis pas mes lettres si tu veux et même je t’en prie, mais viens te reposer auprès de moi, mon adoré, si tu veux que je sois bien heureuse. Claire n’est partie que tout à l’heure, Lanvin qui devaitb venir la prendre de bonne heure a été retardé à son imprimerie. Enfin la voilà partie pour un mois et j’espère qu’elle le mettra bien à profit pour toutes ses études. Embrasse-moi mon Toto, je t’aime ma vie, ma joie, mon amour. Je t’aime de toute mon âme. Pourquoi n’es-tu pas venu ce matin ? Tâche au moins de venir tout à l’heure afin que je ne sois pas triste toute la journée.
Juliette
a « fait ».
b « devenait ».
« 4 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 203-204], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9298, page consultée le 24 janvier 2026.
4 décembre [1840], vendredi soir, 5 h.
Vous êtes un dangereux scélérat et vous savez très bien vous tirer de tous les
mauvais pas où votre indifférence et votre froideur envers moi vous jettent.
Vous trouvez moyen de m’empêcher de vous tirer les yeux hors de la tête quand
j’en ai tous les motifs. Enfin vous êtes un scélérat voilà le fait et je
voudrais que le rasoir de Richi vous
ait encore plus ratissé le menton. Taisez-vous infâme candidat1, vous n’aurez jamais ma voix quelque
efforta que vous
fassiez pour y parvenir. « MELFORT, MELFORT, de la Cacadémie perderas-tu le
souvenir ? Perderas-tu, perderas-tu le souvenir ? »2 (Toto cherchant des voix et ne
trouvant que la sienne pour écho. Paris, 4 décembre 1840)
Je me fiche de
vous c’est bien fait, ça vous apprendra à me laisser geler toute seule dans mon
lit par le temps qui fait. Il est gentil le temps qui fait surtout quand on n’a
pas allumé de feu de la journée et qu’on s’est occupé au travail peu
réchauffant de : réparer des ans l’irréparable
outrage3.
C’est-à-dire à chercher ses cheveux blancs toute la journée. Voime, voime, voime. À propos quand me
ferez-vous sortir ? Je vous dis cela en passant et pour mémoire seulement car
je sais que j’ai encore semaines devant moi avant de toucher à l’anniversaire
d’une course en omnibus le soir par le brouillard le plus épais et le plus
fétide. C’est donc uniquement pour la conversation ce que j’en dis. Baisez-moi
du reste et attendez-vous à me trouver moins MOUTON pour vos absences de la
nuit et du matin. Entendez-vous ?
Juju tourbillon de griffes
1 Hugo fait campagne pour entrer à l’Académie française. Il sera élu le 7 janvier 1841.
2 Parodie d’un couplet extrait du Pensionnat de jeunes demoiselles, opéra-comique de Picard et Vial, musique de Devienne, crée le 2 mars 1825, Acte I, scène VI : « Toi que j’aime plus que ma vie, / Que je voudrais en vain ne plus chérir !/ Melfort ! Melfort ! de la triste Amélie/ As-tu gardé le souvenir ? »
3 Racine, Athalie, Acte II, scène V.
a « quelqu’effort ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
